Avec la coupe du Monde de Football, les Jeux Olympiques sont l’évènement le plus médiatisé de la planète. De toutes évidences, l’affrontement des meilleurs athlètes du monde, toutes disciplines confondues, intéresse une large partie des six milliards d’Hommes sur terre. Compte tenu, donc, de cette surexposition médiatique, l’enjeu de cette gigantesque compétition sportive va bien au-delà des intérêts et des sensibilités sportives. Il s’agit ici d’une lutte politique, où les intérêts économiques prévalent sur le sport.
Au milieu de tout cela règne le Comité International Olympique, sorte d’entité opaque censée superviser et organiser les Jeux mais dont la réputation a été entachée par des révélations de corruption et d’affairisme au fil des années. Or, le dernier grand scandale auquel a été confronté le CIO portait, justement, sur le choix de la Chine comme pays d’accueil des JO en 2008. En effet, lors de la session olympique de Moscou, le 13 juillet 2001, une écrasante majorité du CIO avait décidé d’attribuer les Jeux Olympiques d’été à Pékin. Dès lors, la question délicate des droits de l’Hommes en Chine était apparue en toile de fond de cette décision, sans jamais être mise sur le tapis officiellement. Elle ne réapparaîtra que bien plus tard, lors des récentes émeutes tibétaines en mars dernier. Ce n’est alors qu’à ce moment, que l’Occident a vraiment été confronté à l’opposition massive de ses populations (le parcours catastrophique de la flamme olympique, ndlr) à l’attribution des Jeux à un pays ou les droits de l’Homme sont si souvent bafoués et où le gouvernement - emmené par Hu Jintao, l’actuel président de la République Populaire de Chine- refuse toute ingérence dans ses affaires intérieurs.
Prétexte de la sécurité
Mais en Chine, les leçons de morales de la part des occidentaux ne trouvent que très peu d’échos. Le gouvernement de Hu Jintao a donc annoncé haut et fort que les informations qui entreraient et qui sortiraient du pays seraient étroitement contrôlées, que le travail des journalistes serait surveillé et que tous les dissidents au régime subiraient les conséquences d’une répression de fer. Aussi, la présence militaire est écrasante dans Pékin, mais aussi dans les zones jugées « sensibles », tel que le Tibet par exemple. En tout, ce sont près de 100.000 policiers et militaires qui quadrillent constamment la capitale pour prévenir tout débordement et, surtout, éviter un attentat que le gouvernement redoute tant. Parallèlement, 300.000 volontaires chinois ont été embauchés pour jouer le rôle d’indicateurs en civil. Leur mission : écouter les conversation dans les rues afin de dénoncer tous ceux et celles qui auraient la langue un peu trop déliée. De là, les forces de l’ordre prennent le relais.
De leur coté, les médias restent très limités dans leurs mouvements, mêmes pour les journalistes internationaux qui ne peuvent pas accéder librement à certaines régions du pays alors que le gouvernement chinois avait promis de ne pas limiter leurs déplacements. La censure fait aussi son effet sur Internet puisque la cyberpolice a pour rôle de passer à la trappes des sujets au nom du gouvernement en effaçant des contenus ou en interdisant l’accès à certains sites internet. De même, selon certains témoignages, des gens seraient payés par l’Etat chinois pour poster des commentaires pro-gouvernementaux sur les forums. Et au final, le gouvernement chinois se sert du prétexte de la sécurité et du risque terroriste pour justifier et accroître la répression au sein même du pays. La France, de son coté, multiplie les positions ambiguës. Ne sachant toujours pas sur quel pied danser, Nicolas Sarkozy et son gouvernement évitent de trop s’étaler sur la question. Or, le silence du président français sur ce sujet est d’autant plus embarrassant que l’actuel président américain George Bush s’est, lui, permis d’invectiver la Chine sur la question des droits de l’Hommes, notamment au sujet de la liberté religieuse. Cette prise de position, toutefois, sonne un peu creux dans la bouche d’un président américain n’ayant jamais brillé par des décisions humanistes.
Pierre Choisnet


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