La Seine et Marne

Chomo, l’artiste ermite


Une exposition 10 ans après sa mort

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Jusqu’au 7 mars 2010, la Halle Saint-Pierre à Paris présente l’exposition "Chomo ; Le Débarquement Spirituel". C’est l’occasion d’évoquer cet artiste singulier aux multiples expressions, poète, musicien, peintre, sculpteur, architecte, Roger Chomeaux, dit "Chomo", disparu discrètement il y a dix ans. Pourtant pendant plus de 50 ans, il aura travaillé dans la forêt de Fontainebleau, où il avait élu domicile, vivant en pleine nature tel un ermite.

Né en 1907 dans une famille très modeste, installée dans un petit village du Nord, il passe son certificat d’étude et entre à l’Académie de Sculpture de l’École des Beaux-Arts de Valenciennes. Puis c’est l’École des Beaux-Arts de Paris qui l’accueille. Plusieurs prix lui sont alors décerné. Marié et rapidement père de famille, il exerce ses talents comme décorateur de tapis. Durant la guerre, il est déporté en Pologne. Après un rapatriement sanitaire pour avoir simulé une surdité, il est de retour en France où il tente de survivre et de nourrir ses 3 enfants par l’exercice de petits métiers.

S’abandonner à son art Mais en 1946, il décide de tout abandonner pour se consacrer à son art, loin du circuit des galeries et du marché de l’art, et pour conserver une liberté totale d’esprit et de création. Il se retire en pleine forêt, près d’Achères-la-forêt, dans la solitude et le plus grand dénuement matériel, contraint de trouver les matériaux nécessaires à sa création, sur place. Les sous-bois et les décharges publiques vont lui fournir plastique, bois morts, grillage, ferraille, carcasses de voitures, pneus ou jouets d’enfants... et une diversité de sables de la forêt qu’il saura exploiter, modeler, fondre.

Puis, il bâtit pour abriter ses œuvres. Il construit en matériaux de récupération "l’Église des Pauvres", le "Sanctuaire des Bois Brûlés" et le "Refuge", appelé précédemment le "Remorqueur Réfrigéré". Le Village d’Art Préludien est né pour dénoncer très tôt une société de consommation à outrance qui pollue par ce qu’elle produit. « Je suis riche de pauvreté. Ils sont pauvres de richesses » écrit-il sur l’un des panneaux qu’il fixe sur les arbres, pour accueillir les visiteurs. Discrets au début, ils viendront ensuite par milliers, curieux de toutes conditions. Il leur consacre ses samedis et ses dimanches, les initiant à son art et plus largement à la création. Avant qu’ils partent, il n’oublie jamais de discuter avec eux, leur offrant un verre d’hydromel fabriqué par ses soins, grâce à ses ruches.

En 1960, la galerie parisienne Jean Camion présente ses "Bois Brûlés" pour la première fois : assemblages de verre et de toiles lacérées. Spectaculaire, l’exposition accompagnée d’une de ses compositions musicales, attire l’attention d’André Breton et des derniers surréalistes. Suivront Cocteau, le peintre Atlan... même Picasso. Le Ministère des Affaires Culturelles mandate alors Clara Malraux pour faire protéger le site dans la forêt. Des personnalités comme Bernard Anthonioz, Jacques Attali, Henri-Claude Cousseau, Jean-Hubert Martin lui rende visite. Un film lui est consacré en 1965. Fidèle à ses principes, il ne cédera rien pour construire son œuvre jusqu’à sa disparition l’été de 1999, dans cette précarité qui nourriçait sa liberté d’artiste extraordinaire et inclassable.

Depuis, que reste-il de cet univers poétique entre Achères-la-forêt et Le Vaudoué ? Les pilleurs sont-ils passés par là ? À l’heure où les galeries d’art sont à la mode, un trésor se cache sans doute au fond des bois.


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mercredi 2 décembre 2009
 
 
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